Un éditeur peut-il faire du logiciel libre ? Oui mais sans faire exprès !
Par Jonathan Le Lous le vendredi 2 décembre 2011, 11:11 - Les principes du libre - Lien permanent
Bonjour,
Postulats de départ:
- L'éditeur est une entreprise privée. Cette réflexion ne prend pas en compte les fondations et associations.
- Différence entre open source et logiciel libre: L'open source est un modèle de développement qui favorise le travail communautaire tout en empêchant les comportements opportunistes. Le logiciel libre c'est l'open source + la dimension sociale et éthique (voir ce post pour plus de détails ).
- Avantages du libre / open source : Une plus grande diffusion et une communauté de bénévoles plus actives. Ces bénévoles n'étant pas uniquement des salariés d'entreprises qui font du rab le soir et le week-end. Il s'agit d'enseignants, de professions libérales, des fonctionnaires, des personnes passionnées, des non-informaticiens....
Un éditeur peut-il être open source ?
Bien entendu, il y a des intérêts à partager son code.
Premièrement, il s'agit d'un véritable gage de qualité et de transparence pour les clients.
Deuxièmement, c'est un formidable outil marketing, le produit se diffuse plus rapidement et il permet au client de tester celui-ci.
Troisièmement, une communauté se crée autour du logiciel et permet d'inclure l’utilisateur dans les démarche d'évolution du produit. Ce qui en fait un élément très importante notamment avec des méthodes agiles.
Enfin, il permet d'économiser en terme de R&D, de développement (même si cela reste mince).
Un éditeur peut-il être logiciel libre ?
On peut vous dire "oui, le logiciel est en GPL.". La question plus fondamentale est "Une entreprise privée peut-elle investir dans un logiciel libre en dehors de ses besoins en terme d'activité ?". En gros, le patron va-t-il accepter de payer ses salariés pour des tâches qui n'ont aucun impact sur son chiffre d'affaire ? Par pur altruisme ?
Cela est sans doute possible à titre exceptionnel... On ne peut reprocher à un chef d'entreprise de privilégier son activité. On ne peut pas reprocher à un citoyen de préférer le bien être commun.
Un logiciel libre doit avoir une dimension éthique et une fonction sociétale: Les plus connus sont Firefox, Linux, Gcompris... Bref des logiciels qui sont utilisables par tous et sans logique uniquement commerciale derrière. Cela ne veut pas dire que l'open source n'est pas positive, c'est juste que l'enjeu n'est pas le même.
L'exemple de l'éditeur open source qui se transforme en éditeur de logiciel libre est Sun Microsystem avec Openoffice.org. Au départ l'enjeu d'openoffice était avant tout stratégique: attaquer Microsoft Office et pousser Sun Office. Or le logiciel a présenté un tel intérêt pour la société qu'une communauté s'est créée et a contribué fortement. Le résultat a dépassé la volonté de l'éditeur, openoffice.org était devenu un logiciel non rentable...car libre. Oracle s'est ainsi retrouvé devant une évidence: Ce logiciel ne pourra jamais être rentabilisé dans une logique open source. La seule solution, suite au fork Libre Office, a été de le donner à une...fondation. Celle-ci ne cherche pas le profit, elle vit de contributions et d'apports directs sous forme de dons. Elle porte ainsi une fonction sociétale (sur le sujet de la fondation Apache je vous invite à lire le post de Philippe Scoffoni).
Conclusion
Être un éditeur open source est une réalité et il en existe de véritable comme Nuxeo et Xwiki par exemple. Par contre éditer un logiciel libre génère des tensions difficiles à gérer pour une entreprise qui doit avant tout vivre et faire du chiffre d'affaires.
Cette tension permanente entre business et éthique concerne aussi les autres acteurs du secteur, nous en traiterons des SSII dans un post sur: "Les SSII: L'open source à coup sûr, le logiciel libre par accident".
Par contre les entreprises peuvent participer à financer des logiciels libres à travers des fondations, des contributions etc. Elles peuvent ainsi contribuer au logiciel sans pour autant remettre en cause leur pérennité et la fonction sociale de celui-ci.
Mon avis est bien sûr discutable et à discuter 
+++
Jonathan
Free or not free that is an open question




Commentaires
Pour moi un bon exemple de logiciel libre auquel (non accidentellement) les entreprises contribuent c'est Eclipse. Eclipse c'est initiallement l'IDE java développé par IBM, c'est devenu une vraie référence en la matière. IBM a ouvert les sources pour des raisons historiques et a crée de ce fait un logiciel initialement "open-source" qui est vraiment devenu un logiciel libre grâce à la communauté qui s'est formée autour.
Personnellement dans ma société (équivalent SSII) typiquement je suis officiellement commiter eclipse et je contribue à Eclipse car un client nous demande de compléter une librairie qu'il aimerait bien utiliser et nous avons fait pression pour que cette librairie puisse rester open-source et faire partie du projet Eclipse.
Voilà selon moi une belle preuve qu'une société qui fait du profit (ma société a un contrat avec ce client) peut sciement choisir de contribuer au logiciel libre par pur altruisme (oui, on n'a aucun intérêt particulier à ce que ce soit open-source ou non).
Donc je ne suis pas vraiment d'accord avec toi. Ce n'est pas toujours accidentel !
Merci de ton commentaire.
Ton témoignage va exactement dans le sens de mon post. Eclipse est une fondation. Je ne dis pas qu'aucune entreprise ne contribue au logiciel libre. Dans ce cas il n'existerait pas pour la plupart.
Je constate seulement qu'un éditeur ne peut éditer seul un logiciel libre. Le logiciel libre une fois diffusé et utilisé massivement génère des coûts importants. Et n'assure pas obligatoirement un revenu suffisant alors même que son utilisation nécessite des améliorations.
Maintenant si tu es une boite avec un peu de sous, tu vas développer le super truc qui va favoriser le développement des logiciels auprès des handicapés ou alors développer la fonctionnalité qui va rendre plus efficace ton offre ?
Tu donnerais ton code à Eclipse si c'était toujours IBM derrière ?
De plus je parle d’éditeur et non pas de SSII. Les SSII ont tout intérêt à pousser les technologies open source. Cela leurs permet de faire des économies conséquentes en terme de licence et augmente leur valeur ajoutée. Par contre celle-ci le font car elle gagne de l'argent CA grâce à cet outil. Normal donc.
Maintenant le bénévole qui donne du code à Eclipse, il le fait pour quoi ?
C'est aussi grâce à des libristes comme toi qu'elles reversent vraiment le code. Ta boite l'aurait-elle fait sans toi ?
PS: Je précise que je travaille pour une SSII.
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Jonathan
Le schéma m'a choqué au premier abord, mais en fait il est pertinent du point de vue de la définition/éthique. J'avais l'habitude de faire le schema à l'envers en considérant par contre l'aspect licence. Toutes les licences open sources reconnu par l'OSI ne sont pas libre (reconnu comme telle par la FSF).
Mais ton schéma est bien plus flatteur pour le libre
Pour le reste, je suis on ne peut plus d'accord sur la nécessité d'une gouvernance associative et pas entrepreneurial des logiciels libres (au sens de l'éthique et pas de la licence :p)
@Philippe : Merci
Je pense en effet qu'au delà de l'aspect flatteur (qui est involontaire) la course juridique aux licences a un peu mis de côté l'aspect éthique au détriment de la notion de diffusion et d'appropriation.
C'est pour cela qu'il est difficile même pour un expert de différencier open source et logiciel libre. On rentre dans des conflits soit techniques soit juridiques. La question à se poser est sans doute la suivante: Qu'apporte ce logiciel à l'ensemble de la société ? Répond-t-il uniquement à des besoins d'entreprises ?
Eclipse, Apache sont des logiciels qui ont à la fois un aspect économique mais aussi éthique ou sociétal. Pour preuve ils permettent un meilleur usage des nouvelles technologies, de l'Internet et sont utilisés massivement.
A l'inverse, un logiciel de CRM peut-il être considéré comme libre ? Un CMS ? Cela va dépendre bien entendu de la mission que c'est fixé la communauté.
Cela n'enlève en rien la qualité du logiciel, ni à sa pertinence, ni au rôle essentiel des entreprises.
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Jonathan
Attention a la direction prise par ces entreprises qui créent des fondations pour le développement de leurs outils !
C'est le meilleurs moyen de faire se développer ce qu'on appel le travail dissimulé ou l'esclavage ! Réprimandés Pénalement dans le monde entier !
Ce n'est pas éthique, bien au contraire puisque ça permet d'aller plus loin que les délocalisation en les remplaçant par le bénévolat au service direct ou indirect des bénéfices de l'entreprise et de ses dirigeant et actionnaires !
Par ailleurs c'est économiquement anticoncurrentiel face au logiciel non libre/opensource
Or s'il prend un jour l'idée a une entreprise "proprio" de taper sur un concurrent "opensource/libre" par le biais de procès sur le motif de travail dissimulé, c'est tout le libre et opensource, dévoyé par des entrepreneurs peux scrupuleux, qui pourra être cassé et par ricochet tout le "libre/opensource" !
Donc
-Soit le logiciel ou autre est "propriétaire", "fabriqué" par des entreprises au bénéfices de certains
- Soit il est libre, mais pas forcément gratuit, et fait par des associations/fondations aux bénéfices de tous.
Il serait donc temps que le libre/opensource se développement autrement ... vers un EquiLibre, tel par exemple celui que nous développons à travers par exemple le lien sur mon pseudo, ou de Philippe qui en parle régulièrement
L'économie peut se développer autrement que par des entreprises !
Alors qu'on peux faire autrement en faisant gagner plus autant au
social qu'a l'économie !
Il serait temps d'y penser et de s'activer car le modèle actuel nous mets dans le mur
@bonobOh : Merci de ton commentaire.
Tu y vas un peu fort. L'esclavage suppose au moins deux éléments: La privation de liberté et la soumission. Dans notre situation il n'y a ni l'un ni l'autre. Attention aux mots forts qui peuvent mettre à plat une réflexion intéressante...
N'oublions pas que les contributeurs sont volontaires et peuvent partir quand ils le souhaitent et que la plupart sont...salariés de ces mêmes entreprises qui composent la fondation (70% du code Linux par exemple est du à des entreprises, si en plus on y ajoute les universitaires, les salariés tiers qui le font sur leurs temps de travail....).
Ce n'est pas anticoncurrentiel, les économistes te diraient même que cela favorise la concurrence car elle oblige à une différenciation forte, à une capacité d'innovation qui génère une valeur réelle. De plus ces fondations interviennent selon le célèbre adage "La nature a horreur du vide". Les logiciels développés par des fondations touchent des domaines où les produits propriétaires ont du mal à trouver une légitimité ou alors car il n'y a pas de jeu de concurrence. Les entreprises ont alors toutes les raisons de coopérer (coopétition).
Je te rassure les entreprises qui coopèrent sur les logiciels libres y trouvent leurs intérêts même quand celle-ci développent des produits propriétaires concurrents. Pour les purs proprio , ils peuvent faire des procès sur telle ou telle fonctionnalité mais pas sur le principe du travail dissimulé (Existe-t-il un lien physique ou juridique entre le contributeur et l'entreprise ? Celle-ci peut-elle avoir un moyen de coercition à son encontre ?).
Les associations qui se rémunèrent sur la commercialisation de bien et de service sont-elles réellement différentes d'une entreprise ? En quoi ? J'ai traité justement des SCOP il n'y a pas longtemps. Ce sont des modèles d'entreprises démocratiques qui ont aussi un sens.
Autant je perçois la fonction sociétale des associations, je suis moi-même président d'une association sportive, j'adhère à l'April et je soutiens des associations humanitaires. Autant je considère que les entreprises ont un rôle essentiel à jouer dans nos sociétés. Tout simplement parce que nous ne sommes pas tous identiques, attention à ne pas vouloir imposer Un modèle, et que les entreprises participent indirectement à la société: Elles paient des impôts. Elles créent aussi de la cohésion sociale.
Bref, oui le domaine associatif est essentiel à nos sociétés même s'il n'est pas lui-même prémunis par certaines dérives (comme la différence volontairement floue entre travail et bénévolat pour les salariés des asso par exemple). Les entreprises ont un autre rôle à jouer tout aussi important et il existe pour ceux qui le souhaitent des modèles alternatifs.
En ce qui concerne le logiciel libre si une association d'entreprise me permet de bénéficier de technologies libres, je suis pour. Pour des associations idem. Si c'est une seule entreprise je me poserais davantage de question car je sais que son but (légitime) est de gagner de l'argent.
+++
Jonathan
@ Jonathan ... l'esclavage c'est déjà la soumission ... celle du "groupe", du réseau ... et si tu ne fais pas ce que le groupe te dis tu es exclu ... c'est une des formes d'esclavage ... mais déjà avant tout ce qui est appelé ... travail dissimulé ! ou aucune entreprise, même une scoop ne peux faire travailler gratuitement des personnes !
Et en laissant faire, c'est une dérive qui se met en place ! Même si certains économistes te donnerons tous les arguments pour te faire croire que c'est bien pour l'économie ! Que n'ont pas dit certains pour mondialiser un ultralibéralisme :D
Le lien "physique" justement la tu joue sur les mots ! Comme s'il fallait que du physique pour que le travail soit dissimulé ! Que fais tu dans ce cas de la violence ! Seule la violence physique serait condamnable ? voyons voyons !
Est ce normal qu'une entreprise ai plus de bénévoles que de salariés !
Regarde ce qui arrive aussi avec le système des stagiaires lui aussi dévoyé !
L'humanité, l'éthique il y a tellement peux qui la respecte qu'il faut des régles ! Et donc pas de bénévoles pour des entreprises ! Pas de d'asso/fondation d'entreprises qui permette de détourner le système ... des fondation d'entreprises oui ... si c'est pour autre chose qu'un thème lié a l'entreprise !
Et ce même s'll y a des asso qui n'en sont pas vraiment, autant limiter la casse et que déjà les entreprises du libre changent de statuts ... déjà ça sera plus clair ... car sinon ça va finir comme en grande bretagne ou les chômeurs sont obligés d'avoir une activité et qu'ils sont mis a dispo gratuitement d'entreprises dont les actionnaires font encore plus de bénéfices !

Mais bien sur je comprend tout a fait ceux qui trouveront toujours des arguments pour détourner ... a leur profit ! Mais faut pas alors se plaindre ni s'étonner qu'on en arrive à une crise économique comme celle actuelle !
Oui la nature a horreur du vide et des petits malins trouvent toujours de quoi se l'approprier au dépend des autres ! C'est trop facile
Le modèle économique est a revoir, les entreprises ne sont pas le seul moteur ... alors autant si on est libriste voir d'autres pistes plutôt que de continuer de la sorte ! y compris a revoir le bordel du libre, etc ... Autant faire un groupement Associatif du libre ... un vrai conglomérat capable de montrer efficacement qu'on peux s'y prendre autrement !
En ne voulant pas changer, tenter, est le meilleur moyen de prouver qu'on souhaite avant tout s'arranger du système pour l'exploiter, a son propre profit
@bonob0h : En forme je vois.
Bon pour répondre rapidement et sans plus car là on est à la limite du troll. J'avoue avoir du mal avec l'exemple de la violence dans un blog sur le libre...
Lien physique: Il s'agit ici d'un support qui peut prendre des formes variables tels que le contrat de travail, un engagement quelconque, un local... Ce terme n'était pas limitatif.
Pour le reste je ne m'engagerai pas dans un débat qui me semble interminable...
Bonne continuation,
Jonathan