Professionnel ou sympathisant du libre: un grand écart impossible ?
Par Jonathan Le Lous le mercredi 14 janvier 2009, 15:56 - Zoom sur l'open source... - Lien permanent
Bonjour,
Le Framablog a choisi de traduire et relayer un récent appel à soutien de la Free Software Foundation, qui en profite pour faire le point sur de nombreuses actions passées et à venir. Le titre est parlant : "La Grande offensive 2009." (toolinux, 2009) Dans la lettre ouverte, la FSF estime que "la communauté du logiciel libre doit aujourd’hui se pencher sur de nombreuses problématiques : votre employeur ou votre établissement scolaire exige-t-il de vous que vous utilisiez des logiciels Microsoft ? Exige-t-on de vous l’utilisation de formats propriétaires lors de vos échanges avec votre banque ou certaines administrations ? Forme-t-on vos enfants à l’utilisation de produits Microsoft ou Apple au lieu de leur apprendre à avoir le contrôle de leur ordinateur ?".
Question existentielle pour le professionnel de l'informatique sympathisant:
- D'un côté l'intérêt collectif, public, global qui ne peut que se trouver
légitime que la société ne soit pas dépendante d'une entreprise, que nos
enfants ne soient pas simplement des cibles
marketing.
- De l'autre l'analyse professionnelle, économique , qui ne peut que constater que si le marché en est à cet état aujourd'hui c'est que pendant un certain temps la logique propriétaire a fait ses preuves. Que stratégiquement on ne doit pas prendre une décision pour une entreprise uniquement en fonction d'idéaux mais aussi avec une logique de gestion des risques et de pérennité.
Pour autant, comme dans tous les secteurs, la logique de marché ne s'applique pas toujours et il y a des moments ou l'intérêt collectif prime sur l'individuel. Ainsi on peut être professionnel et aborder l'open source avec une logique économique, stratégique et néanmoins être un citoyen, et penser que le libre correspond à une logique publique bénéfique à l'ensemble de la société (on parle d'ailleurs de public good en économie en parlant d'un logiciel libre).
Personnellement c'est mon cas et c'est pour cela que je pense que la FSF, et l'APRIL qui est son extension en France, ont un rôle essentiel à jouer dans le paysage numérique.
Même si on est pas toujours d'accord 
Jonathan



Commentaires
Effectivement, ne mélangeons pas l'idéal du logiciel libre qui n'est pas porteur que de valeurs technologiques et la logique économique qui ne peut hélas pas se nourrir uniquement d'idéal.
Il suffit de voir les débats enflammés que l'on voit sur certains articles ou les idéalistes du Libre s'affrontent avec les réalistes. Les uns refusant le moindre octet propriétaire, les autres l'acceptant au nom de l'efficacité.
Comment toujours c'est une question de curseur et de moment.
C'est une question intéressante. On voit deux logiques économiques et social s'affronter: l'une tourner vers une réciprocité négative, l'autre vers une réciprocité social.
Les mots peuvent sembler connoter idéologiquement, ce n'est pas mon intention.
La première est dominante utilisée depuis des siècles dans l'économie capitaliste. Il s'agit d'user d'astuces pour tirer le plus possible de profits particuliers. La recherche de l'augmentation de son capital économique est la pré-occupation dominante des individus dans une société dominé par un système d'organisation capitaliste. Parallèlement à cela s'est développé un système de valeur dominant venu justifier le système économique en place: le travail et le gain.
La seconde a toujours existé et existe toujours dans des groupes souvent plus restreint où règne une confiance mutuelle. Il s'agit de la logique du don qui répond à ces principes: donner, recevoir, rendre.
Internet est un village mondial. Il permet à ses utilisateurs de se connecter les uns aux autres avec peu de moyens. Avec la démocratisation du web, l'échange social ne cesse de progresser et la logique marchande qui semblait pré-dominante se trouve fragilisée. La crise du capitalisme actuelle ne fait que renforcer cette tendance.
Mais ces deux mécanismes contrairement à ce qui est souligné dans l'article ont tous les deux des portés idéologique, économique et social.
En vérité, la "réalité" comptable n'est pas neutre idéologiquement. Elle est née avec le capitalisme pour mieux gérer et contrôler ce qui "entre" et ce qui "sors". La logique du don décourage l'accumulation individuelle des richesses, la gestion comptable n'a donc pas de raisons d'exister dans ce monde.
Par exemple, si je donne un litre de lait à mon voisin, je ne le marquerais pas sur une feuille car je ne lui demanderais pas de me le rendre. Si un jour j'ai besoin d'1kg de farine, je suis certain qu'il me le donnera sans problème. Ne craignant pas le manque et ne recherchant pas l'accumulation de richesse, je n'ai pas besoin de tenir un registre de ces dons.
Malgré cela, il y a une valeur commune à ces deux systèmes économiques et social. L'activité humaine est valorisée. Dans un cas c'est le travail justement rémunéré par le salaire, dans le second cas ce sont les activités bénévoles rémunérés socialement par la reconnaissance d'autrui ou même le don pécunier.
Bonjour,
Merci pour vos commentaires.
Philippe, je sais qu'en tant que professionnel du secteur tu fais face à ce type de problématiques.
Ton analyse Antonin est intéressante, elle est très politique et cela a le mérite de diversifier les points de vu.
Personnellement, je me méfie des termes comme capitalisme, qui renvoie à l'opposition née du communisme, et à un historique artificiellement claire de l'intégration du capitalisme en opposition au don....
Personnellement, j'apprécie la complexité et l'intersubjectivité de toute chose.
En gros, je ne pense pas qu'il y ait de linéarité entre la transformation du monde du don vers celui de la logique comptable, je pense que l'homme en complexifiant ces échanges a du, petit à petit, intégrer une approche pécuniaire car le troc ou don/contredon ne s'applique généralement qu'a des petites communautés ayant des besoins limités (tu me troquerais quoi contre une voiture ?).
Je pense aussi qu'aujourd'hui nous faisons face à une société très complexe, à un mélange de valeurs qui fait la force de nos démocraties, et qui rend possible la cohabitation de ces deux logiques.
Je t'avoue que d'une façon purement utopique je crois en la possibilité que le modèle du libre permette de faire collaborer deux approches qui misent bout à bout seront positives pour "bien-être" global. Loin, très loin, des combats idéologiques d'hier.
Un exemple, Le kernel Linux est développé à 70% par des salariés de grandes entreprises. D'un autre côté tout le monde peut profiter de Linux gratuitement... D'un côté on paie, de l'autre on distribue gratuitement...On est dans une nouvelle logique comptable/don !
A bientôt,
Jonathan