Editeur open source: le modèle américain
Par Jonathan Le Lous le lundi 15 février 2010, 10:53 - Zoom sur l'open source... - Lien permanent
Bonjour,
Comme certains d'entre vous le savent déjà, je fais actuellement une thèse sur l'open source et les services informatiques. Dans ce cadre, j'ai eu interviewé des personnes travaillant dans les différents domaines du secteur : Editeurs, intégrateurs, clients. Au fur et à mesure de mes investigations, tel un Colombo de l'informatique, je me suis rendu compte qu'il existait réellement un modèle américain d'édition dans le domaine de l'open source. Je précise le cadre de cette réflexion, nous parlons d'éditeur commercial qui développe un logiciel open source (Nous ne sommes ni dans la cas d'une fondation, ni d'un projet communautaire).
Le modèle américain repose sur deux caractéristiques principales :
- Un logiciel en version communautaire considéré comme « dégradé », dans le sens où sa version n'offre aucune garantie aux utilisateurs et ne bénéficie d'aucun support de la part de l'éditeur voir dans une situation extrême il est nettement moins fonctionnel.
- Un logiciel en version privative, propriétaire qui se déploie, via des licences, et bénéficie de support au même titre qu'un logiciel classique.
Ce modèle américain est aussi analysé sous l'angle juridique par le "Dual licensing", le principe est le suivant: Vous mettez une version du logiciel en GPL dans le but de favoriser la diffusion de celui-ci et vous proposer un version classique, en terme de droit d'auteur, pour laquelle vous proposer un droit de licence d'utilisateur final.
L'objectif est double:
- Bénéficier d'une externalité en Recherche et Développement: L'éditeur bénéficie du travail gratuit des bénévoles ce qui diminue nettement son investissement, en échange il permet à tous ceux qui le souhaitent d'utiliser cette version du logiciel.
- Développer sa base installée: Le challenge principal pour un éditeur. Il s'agit de permettre l'utilisation du logiciel par un maximum de personnes qui se transformeront un jour ou l'autre en client. Le calcul est simple, x% des utilisateurs deviendront mes clients à moindres frais (on peut préciser cependant que ce dernier principe est aussi applicable aux autres modèles open source).

Des exemples d'éditeurs fonctionnant de cette façon: Red Hat, Zimbra, Alfresco, MySQL en autres (si vous en avait d'autres n'hésitez pas à les mettre en commentaire). Ces exemples sont toutes des entreprises américaines ce qui permet de "justifier" du terme modèle américain (bien entendu toute classification à ses limites). Nous verrons qu'il existe des modèles alternatifs à celui-ci.
Les revenus dans cette situation sont multiples : Les revenus de licences, les revenus liées au support, les développements à façon. Les éditeurs optant pour cette stratégie n'ont, bien entendu, aucune difficulté à travailler avec les SSII car ceux-ci sont des intégrateurs au sens traditionnel ainsi les revenus de licences et de support niveau 2 sont bien différenciés des prestations de services déployées par les SSII.
D'un point de vue éthique, on peut s'interroger cependant sur l'apport réel
de ce modèle d'un point de vue communautaire ? J'avoue ne pas avoir une
visibilité suffisante aujourd'hui sur cette contribution. 
A bientôt, Jonathan



Commentaires
Très bonne analyse!
Il y a Varien qui édite Magento en suivant exactement ce modèle pour l'e-commerce.
Ca permet notamment de proposer des solutions à tout type de client, du plus petit au plus gros, et de dynamiser le développement.
L'avantage d'un point de vue communautaire et clairement d'avoir un éditeur dynamique très investit dans la qualité et l'innovation (en tout cas pour Varien).
Il me semble par contre qu'il existe un autre système, qui consiste à n'avoir qu'une version open-source qui est proposé en DL gratuit ou hébergée/maintenue contre rémunération (Indefero, wordpress?).
Un point de comparaison intéressant : l'"ordre" des versions.
=> Certains éditeurs se servent de la version Open-Source comme laboratoire d'innovations et version "n+1", bêta, moins testée. La version payante est donc la version robuste, validée, testée, éprouvée.
=> À l'inverse, d'autres éditeurs attirent les utilisateurs à la version payante en la considérant comme "plus avancée" technologiquement. Dans ce cas, la version Open-Source sort quelques mois après, et les utilisateurs payants bénéficient "en avant-première" des évolutions.
Ces deux modèles sont intéressants à comparer et montrent qu'une même volonté marketing peut aboutir à deux stratégies radicalement opposées !
Bonjour Jonathan,
Ma contribution à ta question :
http://philippe.scoffoni.net/editeu...
Sans aborder le coté éthique, la constitution d'une vraie communauté autour d'un logiciel open source est un avantage pour l'utilisateur (pérennité du logiciel) qui se doit donc de privilégier les éditeurs adoptant cette démarche.
Une démarche plus courante chez les éditeurs de logiciel sous licence unique car c'est une façon de compenser des revenus plus faibles du à l'absence de vente de licences.
Avertissement préalable : je travaille pour Alfresco.
Sujet intéressant, sur lequel il y a beaucoup à dire !
Notez que MySQL est à l'origine une société Suédoise (avant les rachats successifs), et Alfresco une société Britannique. On est donc à la limite d'un modèle Européen avec ces exemples
OK, c'est juste pour le principe car vous avez raison sur le fond : la majorité des éditeurs de référence sont aux U.S. mais ce n'est pas vrai à 100%.
En ce qui concerne Alfresco plus particulièrement, parler de revenu lié aux licence est inexact car le revenu est lié quasi intégralement à la vente d'un contrat de souscription (sans coût de licence).
Nous avons d'ailleurs fait le choix dès le départ de ne délivrer aucun service de développement à façon, toute les prestations de ce type sont réalisées par les intégrateurs (le mode "chacun son métier" en gros).
Il faut aussi noter que le dual licensing répond souvent à un besoin dans le cas d'une utilisation du produit dans un cadre OEM (nous avons beaucoup de clients qui "embarquent" la solution dans leur produit). Certains légistes sont en effet encore très réticents à l'utilisation de code open source dans leur projet et demandent une licence commerciale "non libre". Sur ce point on peut remercier les campagnes de FUD menées par des gens comme SCO à l'encontre de Linux il y a quelques années.
Mais à nouveau licence commerciale n'implique par forcément licences utilisateurs, ni absence de fourniture du code.
Bref, il est difficile de rallier tous les modèles sous une même bannière, étoilée ou pas
Si vous avez besoin d'informations, n'hésitez pas à me contacter, je serai heureux d'échanger avec vous sur le sujet.
Bonjour,
@Nicolas: Merci
@pjgriel: Le principe d'"avant-première" est intéressant et peut donner un avantage à la version privée au profit de la version libre.@Philippe: Merci pour ton analyse, la communauté et sa dynamique ont fait l'objet de beaucoup d'étude statistiques où l'on apprend que les communautés les plus dynamiques sont celles qui travaillent sur les logiciels en exclusif GPL.
@Michael Harlaut: Merci pour cette contribution intéressante.
Quand on parle de modèle américain (qui a ses limites) cela renvoie à l'idée que c'est un modèle porté "par" mais pas exclusif.
Par contre on peut considéré qu'ils en sont à l'origine et qu'il correspond peut être davantage à leur culture du business (?). On peut ainsi décider de choisir ce modèle ou non quand on est un éditeur européen.
L'idée sous-jacente est peut être qu'il existe des modèles alternatifs plus utilisés dans d'autres zones géographiques...
Mon erreur est sans doute d'avoir mis le nom d'Alfresco
Par contre je n'ai pas résumé tous les modèles, j'en ai juste présenté un qui me semblait "ressortir" du lot face à des modèles où le dual licensing n'a pas lieu...
J'ai conscience que le sujet est vaste et complexe
Merci pour vos contributions,
Jonathan